Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
25 janvier 2011 2 25 /01 /janvier /2011 00:01

Orfeo ed Euridice: cet opéra est assez intéressant car il s'inscrit à la frontière entre l'ère baroque et l'ére romantique, une sorte d'hybride, un début des réformes qu'imposeront le romantisme. L'opéra est donné à Vienne en 1762. Gluck (compositeur allemand) abandonne certaines règles de l'opera seria italien qui font force de loi partout en Europe (sauf en France):

  • pas de récitatif, l'orchestre joue de la première minute à la dernière
  • il supprime le tryptique du "da capo" dans les airs (Mozart jouait déjà un peu avec)
  • plus court aussi, l'oeuvre ne dure pas 3 heures !

J'expliquerai plus tard ces régles...

Cependant, il conserve un livret en italien et surtout donne le rôle titre, celui d'Orphée (les deux autres personnages, des soprani, le Dieu Amour et Eurydice sont des rôles très secondaires) à un castrat italien, Gaetano Guadagni contralto de son état. Il n'oublie pas non plus le lieto fine (le happy end) à savoir que contrairement à la mythologie, Orphée parvient à sortir son aimée des enfers et les deux amants ne meurent pas (!!!).

Il existe plusieurs versions de cet opéra:

  • une version allemande avec un baryton dans le rôle titre (c'est assez immonde et plus joué ainsi)
  • une version française (existante du vivant de Gluck avec un ténor léger - que remaniera Berlioz pour un femme mezzo-soprano dans le rôle d'Orfeo)

Que ce soit en italien ou en français, comme tous les opéra baroques (Orfeo est tout de même un opera baroque), reste la problématique de la substitution du rôle chanté par le castrat (l'éternel débat), ce type de chanteur n'existant plus depuis 1922.

Deux solutions s'offrent alors généralement:

  • une femme mezzo-soprano: vocalement on se rapporche de la voix d'un castrat (voix de poitrine naturellement haute produisant graves ET aigus) mais visuellement on a une femme travestie en homme (cela ne s'implifie jamais la compréhension de certains oeuvres; qui est avec qui et court après qui LOL ou le "mais pourquoi il y a un travelo ??")
  • un contre-ténor: visuellement on a un homme interprétant un rôle masculin avec une voix aiguë mais vocalement, ce n'est pas toujours l'extase, la voix de tête chez l'homme ayant des limites (techniques et en volume - la voix est globalement moins puissante et moins agiles que celle d'une femme et - avis tout personnel - à de rares exceptions près, ne convient pas trop pour l'opéra)

Pour revenir à Orfeo ed Euridice, ma version préférée reste celle de John Elliot Gardener avec la divine Ann Sophie Von Otter (une grande voix - 2 octaves et demi) dans le rôle d'Orphée, elle est extraordinaire. Dans cet opéra, un contre-ténor peut convenir, la partition ne demande pas de prouesses vocales, tout est dans la supplique, la douceur et non dans les accrobaties vocales. Qui plus est, c'est écrit pour contralto, ce qui n'est pas le cas de la plupart des rôles masculins des opéras baroques (généralement mezzo-soprano pour la dominante).

Deux extraits:

  • Orfeo galvanisé par le Dieu Amour se décide à partir pour les enfers sauver son Eurydice: aria très accrobatique vocalement parlant ! Ca déménage (mezzo-soprano Ann Sophie Von Otter).
  • Orfeo suppliant les furies de le laisser entrer dans les enfers afin de récupérer son Euridice. La construction musicale est simple mais efficace: d'un côté un choeur à dominante grave avec orchestre (les furies) de l'autre un soliste avec une voix aiguë accompagnée par une harpe (Orfeo). L'opposition est claire (contre-ténor).
  • les furies accédent à la demande d'Orphée et les portes des enfers s'ouvrent...

 

Pour résumer la hiérarchie des voix:

Le Dieu amour, soprano, il représente l'élément divin ou celeste, il est normal que ce soit la voix la plus aiguë.

Les furies des enfers (le choeur à dominante clairement grave), le dessous terre.

Orphée, le contralto, à mi-chemin entre les graves et les aigus (mezzo-soprano le fait aussi, à la rigueur ténor léger mais c'est limite). L'élément humain en prise entre les volontés divines et celles du diable.

C'est d'une simplicité enfantine, diablement efficace mais cela n'a pas empêché des gorêts (férus des réformes apportées par le romantisme) de se dire qu'un baryton pourrait interpréter le rôle d'Orphée (et ma grand-mère sous la douche, cela le fait ?)...

Partager cet article

Repost0

commentaires