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21 juillet 2011 4 21 /07 /juillet /2011 00:01

On commence par un petit air naturaliste (première vidéo) comme on en raffolait au début de XVIIIe siècle, une ode à cette famuleuse intriguante dame Nature dont on commençait seulement à percer quelques secrets et bien entendu, c'est le maestro Vivaldi qui s'y colle (le compositeur des Quattro Stagioni - 4 saisons). C'est un peu un air thé glacé qu'on savoure en plein soleil comme quelque chose de rafraichissant. Farfalla en italien signifie papillon, farfalleta un petit papillon. Que ce soit en français ou en italien (encore plus avec cette langue), rien qu'à l'audition du mot (consonances donc répétition de sons), on visualise les mouvements d'ailes de l'insecte qui voltige délicieusement dans les airs, rajoutez des vocalises et le tour est joué. On appelle cela une correspondance: les sonorités du mot farfalleta induisent le mouvement (comme le soleil induit une correspondance de couleur, le jaune, ou une correspondance d'effet, la chaleur).

C'est Randall Wong qui s'y colle. Selon la terminologie des siècles passés (surtout XVe et XVIe), il est sopraniste artificiel (par opposition au castrat qui est lui sopraniste naturel). La différenciation est d'autant plus mince que, quelque soit celui/celle qui chante (homme, femme, castrat), le registre se fait de toute manière en voix de tête. Techniquement, un homme pubère peut tout à fait produire des notes de soprano, chanter c'est autre chose, autrement dit articuler ces notes va être problèmatique. Deux soucis majeurs: (on va s'affranchir des soucis d'esthétisme)

  • les contraintes sur les cordes vocales vont être très importantes (il faut les serrer - l'homme a des cordes vocales plus épaisses et longues que celle d'une femme), les changements de notes vont donc être un rien chaotique (agilité et fluidité ne seront pas de mise)
  • les cordes vocales sont basses dans le larynx (puisqu'elles descendent lors de la puberté - mue), plus basse chez l'homme que chez la femme, donc éloignées de la cavité de résonnance utilisée, la tête donc le son sera peu puissant

Randall est asiatique, donc il a un petit organe (!!!), cordes vocales j'entends (bande d'esprits mal tournés). Il a une voix naturellement grave mais en voix de tête la petitesse de ses cordes vocales lui permet d'articuler les notes avec aisance. Cependant, comme tout homme, ses cordes vocales sont basses dans le larynx donc le volume de la voix est relativement faible (ou alors il faut pousser pour augmenter la puissance et cela deviendrait strident). C'est original, sympathique, surprenant mais pas très intéressante lyriquement parlant. Il produit les mêmes effets qu'une femme soprano, la puissance vocale en moins. Ici il est accompagné au clavecin (machine à clous dirait un pote - l'ancêtre du piano) donc cela va, rajouter un orchestre et on ne l'entendrait plus du tout. Contrairement à un contre-ténor (qui est, grosso modo, deux octaves plus bas) il ne peut pas prendre appui sur la voix de poitrine pour les graves, l'écart soprano/ténor est trop grand, cela détimbrerait.

 

Cela n'a pas gêné un Aris christofellis en son temps (voix affreusement acide malgré une technique irréprochable - je vous mets la vidéo plus pour le fun que pour l'intérêt lyrique - ça couine grave !!) de juxaposer des notes de soprano avec des notes de ténor pour jouer au grand castrat à l'étendue vocale faramineuse (farinelleuse LOL): c'est assez affreux, surprenant mais abominable à l'oreille. Il a un contre-ut assez tueur (mes typams putain !!!). A l'écoute d'Aris, on comprend pourquoi au XVe siècle le pape élimina toutes les sopranistes artificiels au profit de sopranistes naturels et qu'on castra à tour de bras pour les obtenir, et ancra ainsi une pratique musicale (et une monstruosité humaine) pendant plus de trois siècles.

 

Et puis le mystère absolu de Patrick Husson... alors là... je ne voudrais pas être méchant mais je pense qu'il y a eu un petit raté niveau mue (une histoire d'hormones) ! Il a gardé un quelque chose de la voix d'un enfant (voix parlé) et a donc une voix de tête de soprano "femme", on n'est plus vraiment dans le sopraniste artificiel. Dommage qu'il ne sache pas vraiment chanter (il a dû se manger un bon paquet d'a priori alors qu'à la base il a un aigu sonore, puissant et très beau, bien formé, sa voix aurait pu être une vraie tuerie), ce qui fait qu'au final, c'est peu exploitable. Et en plus, maintenant c'est trop tard ! Pour ce qui est de l'articulation des notes (ici ce n'est pas l'objet de l'extrait) il est (était !) globalement peu doué, pour ne pas dire qu'il galèrait.

Randall Wong Aris Christofellis  Patrick Husson

Les uns et mille mystères de la voix humaine ! Qu'est-ce qui relève de l'artificiel et du naturel... chanter n'ayant rien de naturel (puisque c'est un long apprentissage - quelques 10 ans pour un chanteur lyrique digne de ce nom), est-ce important ?

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