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26 juin 2011 7 26 /06 /juin /2011 00:11

Deux façons différentes d'exprimer la longueur, donc deux exercices de style différents, mais avec le sacro-saint principe du da capo (variations vocales sur la repise pour mémoire) et les cadences !

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Quel passagier son io de Vivaldi, cantate pour contr'alto (ici contre-ténor). Nous sommes dans l'intimiste, chaque note est ciselée pour exprimer les différentes nuances de l'affliction, comme les mille et une facette (et ses reflets) d'une pierre précieuse. J'adore; c'est doux et suave, cela caresse comme le ronronnement d'un chat dans le cou. Le mot crudeltà du dernier vers est une vraie saloperie (comme l'est pietà); l'accent tonique se porte sur la dernière syllabe or il ne peut y avoir d'ornementation sur la dernière syllabe. Entre règle linguistique et règle musicale, il y a un ch'tit schmilblick.

Le voyageur que je suis/Cherche en toi/Ma belle, amour et foi/Ne trouve, oh mon Dieu/Que rigueur et cruauté. Et toujours croyant en toi, Irène/Ma belle adversité/J'espère qu'un jour/Moins orgueilleuse et rieuse/Tu auras pitié de ma peine...


Scherza infida de Haendel, opéra Ariodante composé pour Giovanni Carestini (contr'alto castrato - mezzo-soprano serait plus exacte, c'est un débat sans fin tant l'ambitus vocal des chanteurs était important, je n'y reviens pas). C'est assez célébrimissime comme air, comme la plupart de ceux d'Händel d'ailleurs et comme l'était aussi Carestini, l'une des grandes voix du XVIIIe siècle. Même si nous sommes dans la longueur, c'est un air d'opéra où la puissance est plus de mise que pour la cantate. Entre le salon même imposant d'un vaste demeure (pour le premier air) et la scène d'un opéra (pour le second), le volume n'est pas le même (!!!), l'acoustique non plus. L'orchestration est aussi plus fournie à l'opéra. Merci à la chanteuse (Ann Hallenberg) pour cette très belle cadence finale, cela compence les autres cadences qu'elle ne fait pas  (silences musicaux non remplis vocalement parlant). Je vous rapelle que les cadences sont des espaces de liberté laissés au chanteur pour faire montre de son savoir vocal (exhibitionnisme critiqueront les uns - vrai savoir musical indiqueront les autres puisqu'il fallait improviser en respectant la musicalité de l'air). Même haendel qui se "battait" avec son chanteur de prédilection, il Senesino (ils s'engueulaient souvent), pour que les improvisations respectent son oeuvre, se plia tout de même à l'écriture de cadences. Le XIXe siècle et l'ère romantique supprimera ce genre de fantaisies. Après le chanteur roi, le compositeur roi...

Plaisante, infidèle, dans les bras de ton amant/Et moi, trahi, je m'en vais me jeter/par ta faute, dans les bras de la mort/Mais pour ta peine je reviendrai,/En ombre mélancolique, en simple esprit/Briser ce lien infâme.

Et pour ceux qui lisent l'italien:

Quel passagier son io
che vo cercando in te,
mia bella, amore e fé,
e sol ritrovo, oh Dio,
rigore e crudeltà.

E pur costante, Irene,
bella nemica mia,
men orgogliosa e ria,
spero che di mie pene
un giorno avrai pietà

Scherza infida in grembo al drudo,

io tradito a morte in braccio

per tua colpa ora men vo.

Mà a spezzar l'indegno laccio,

ombra mesta e spirto ignudo,

per tua pena io tornerò

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