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27 mars 2011 7 27 /03 /mars /2011 00:01

L'ère baroque (XVIIe et XVIIIe) connue une évolution continue tant sur le plan musical que sur le plan vocale; on pourrait presque séparer les deux siècles tant le style est quelque peu différent (si l'on considère qu'une évolution est une différence). Ce qui opposa ceux qu'on appelait les antiques et les modernes (on a beau changer d'époque, on retrouve toujours les mêmes débats avec les mêmes process à la noix de coco). On reprocha aux compositeurs, comme aux chanteurs de surcharger les partitions de complexités (appoggiatures, trilles, mise de voix, sauts d'octave etc), de faire du texte un support à vocaliser, le rendant par la même incompréhensible. Ce n'était pas complétement faux mais en même temps, tenir 5 minutes avec 4 malheureux vers, il valait mieux être inventif au risque de devenir chiant !

 

Je ne vais pas en pondre 3 tonnes, trois arie pour illustrer cela:

  • Giovanni Legrenzi 1626-1690 (il fait du Monteverdi, ni plus ni moins) air d'opéra "Lumi, Potete piangere" avec Philippe Jaroussky (contre-ténor) et Nuria Rial (soprano). Nous sommes dans un duo et dans ce qu'on appelera à l'époque le plus pure style antique, proche de la musique religieuse. Vous avez à peu près la même chose ici http://www.youtube.com/watch?v=atvcT3w0T0c&feature=related avec la fameuse machine à clous alias clavecin.
  • Antonio Vivaldi (1678 - 1741) l'air "Sol Da Te" où en guise de duo, un flutiste accompagne le chanteur, Philippe Jarrousky (contre-ténor). Le style est naturaliste, on imite la nature (chants d'oiseaux, papillon qui voltige et tutti quanti). Vous noterez au passage les variations vocales dans le "da capo" ou la reprise (structure de l'air A-B-A), même le flutiste est soumis au da capo et doit varier la ligne musicale, hors de question de reprendre bêtement le A de l'air. Au XVIIIe on ira jusqu'à programmer des joutes entre solistes (intrument et chanteur), chacun y allant de son improvisation. C'est ce qui donnera ses premières lettres de noblesse à un jeune chanteur Il Farinelli qui mit KO un flutiste. Etant entendu que le gagnant était celui qui avait le souffle le plus développé...
  • Geminiano Giacomelli (1692 - 1740) l'air "Sposa, non mi conosci", Cecilia Bartoli (mezzo-soprano) je ne vous la présente pas, la part belle est faite à la voix, au chanteur, a star is born. L'aria fut interprété tour à tour par il Farinelli puis il Caffarelli. Sans concession, la première partie se fait avec des variations dans le contr'alto, la seconde avec des variations dans le soprano (un truc de malade !!).
Legrenzi (1626 - 1690) Vivaldi (1678 - 1741)
 Giacomelli (1692- 1740)

Lumi potete piangere,
Non riderete più.

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Il cor, che lieto fu
Nel duol si sente a frangere.
Lumi potete piangere

 

Sol da te mio dolce amore
Questo core
Avra pace avra conforto.

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Le tue vaghe luci belle
Son le stelle,
Onde amor mi addita il porto.

 

Sposa, non mi conosci....
Madre... tu non m'rammenti !
Cieli, che feci mai!
E pur sono il tuo cor...
Il tuo figlio... Il tuo amor...
La tua speranza !
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Palra... ma sei infedel !
Credi... ma sei crudel !
Morir mi lascerai.. mi lascerai morir...
o Dio, manca il valor e la costanza.

Le style antique, c'est sympa ou mignon mais on en fait vite le tour ! Je peux écouter le "Sol Da Te" 50 fois de suite sans me lasser, une pure merveille (ça apaise l'âme). Jaroussky, tant qu'il s'agit de miauler ou faire la chatte en chaleur sur un toit brûlant (il a une voix douce et langoureuse qui se prête bien à cet exercice), cela va, dès qu'il s'attaque aux airs de bravoure des castrats d'autrefois, tous aux abris, cela devient pitoyable. Pour ce qui est de Bartoli, elle est capable du meilleur comme du pire. A l'image de beaucoup de chanteurs, elle ne se foule généralement pas trop (on ne s'attarde pas) sur les cadences et les da capo sont softs... même si son dernier opus "Sacrificium" elle se lâche enfin un peu, il serait temps qu'elle saisissent ces grands moments de liberté octroyés par la musique baroque...

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