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21 août 2012 2 21 /08 /août /2012 10:32

Cela faisait un p'tit moment que je n'avais pas fait de billet musical et là, inspiration du moment (cela se combine parfois bizarre là haut), jen fais un et TOC !

Pour situer (rappel, je crois que je l'ai déjà écrit). La noblesse anglaise décide d'embêter le roi et donc son compositeur officiel le Sir Haendel (il valait mieux se battre par opéra interposés que de lever des armées, ce qu'on fait les italiens pendant des sicèles - cela ne coutait pas forcément moins cher, mais c'était moins engageant et quel régale artistique pour la postérité). On fait venir le compositeur Porpora, on débouche Il Senesino de chez Haendel et on fait venir Il Farinelli d'Italie. L'opéra de Haendel fait faillite. Pas décidé à se laisser faire, Haendel fait venir Il Caffarelli et fait jouer Serse en 1738. L'opéra fait un bide et Haendel se retire plus ou moins de la vie musciale. Pour la petite histoire, après leur passage respectif en Angleterre, Il Farinelli choisit l'Espagne où il devient 1er ministre de 2 rois successifs. Quant à Il Caffarelli, il part pour le Portugal où il échappe de peu à la mort: un terrible tremblement de terre rasera Lisbonne et du même coup éliminera le Portugal de la scène politique et économique européenne (les joies du centralisme: supprimez la capitale, le pays n'existe plus - et pour le coup, le Portugal ne s'en relèvera pas). Pourquoi le sort n'aurait-il pas gâté le divin et modeste Farinelli et moins gâté l'orgueilleux et capricieux Caffarelli ? Au XVIIIe siècle, le débat restera entier pour savoir lequel des deux était le plus grand chanteur de son temps.

 

Deux aria assez différents de l'empereur Xerxès/Serse:

Crude Furie degli Orridi Abissi: un grand classique des airs dits de bravoure où les prouesses vocales sont de mises. Toujours les mêmes règles avec le Da Capo (structure de l'air A - B - A) suivant un crescendo vocale destiné à tenir l'auditeur en haleine; toujours plus de vocalises. Chaque partie se finit par des moments appelés cadence où l'orchestre s'arrête plus ou moins pour laisser libre court à l'imagination du chanteur (improvisation). Joyce DiDonato s'en sort plutôt bien, sauf dans les graves. C'est un choix difficile à arbitrer : faut-il favoriser les aigus ou les graves ? Il est tout de même plus facile de faire des acrobaties avec des aigus, c'est ainsi.

Ombra Mai Fu: difficile de faire plus classique, que dis-je, un tube du XVIIIe encore dans les bacs ;o)). Ceci n'est pas un air romantique mais comique (il est vrai qu'il appartient à la mise en scène de faire ressortir le "ridicule" de la situation, pas à la voix - dans le cas contraire, ce serait redondant et gâcherait), l'empereur Xerxès déclamant sa flamme à l'ombre d'un arbre (curieux objet amoureux) !!! C'est le divin Gérard Lesne qui s'y colle avec sa voix sombre et ronde de contralto masculin.

Comme vous pouvez le constater, pour un même rôle, on a un air dans les aigus (soprano) et un autre dans les graves (contralto) car l'étendue vocale des castrats était vertigineuse (touchant jusqu'à 4 octaves contre maximum 2 et demi aujourd'hui), inégalable et inégalé. Il y a des petits rouages du temps qu'on ne peut pas inverser et il serait inconcevable aujourd'hui de, comme on l'écrivait déjà au XVIIIe siècle: "mutiler un homme pour le plaisir des gens voluptueux".  Tout est donc affaire de compromis, il n'y a pas de vérité. Aucune interprétation n'est plus légitime qu'une autre (contre-ténor ou soprano), la vérité se situe plus dans l'appréciation que chacun peut en avoir à l'image de la musique, art éphémère par excellence; sitôt produite, une note disparait de l'espace temps et ce ne sont que ces disparitions successives qui plongeant dans notre cerveau ou nos coeurs crée le moment musicale: une illusion ?!

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